86 s’écrit 86. Mais aussi 80 + 6. Et 6 + 80. Et 8 d 6 u. Et (8 × 10) + 6. Toutes ces étiquettes disent exactement la même chose, et c’est précisément ce que le CE2 doit finir par trouver évident : un nombre n’a pas une écriture correcte, il en a plusieurs qui se valent.
Tant que l’enfant ne reconnaît qu’une seule forme, il apprend une recette et non un nombre. Le jour où il tombe sur « 8 d 6 u » dans un exercice, ou sur « (8 × 10) + 6 » dans un manuel, il bloque - alors qu’il sait compter jusqu’à cent. Faire le tri entre des écritures mêlées est ce qui installe l’équivalence, et c’est un exercice réel de CE2 : « colorie les nombres semblables à celui du centre ».
Les étiquettes fausses ne sont pas des absurdités : ce sont les écritures de nombres voisins, ceux qu’on confond vraiment. 6 d 8 u au lieu de 8 d 6 u, c’est l’inversion des rangs, l’erreur numéro un du chapitre. 900 + 10 + 8 au lieu de 900 + 80 + 1, c’est la même inversion un cran plus haut. L’enfant ne peut donc pas trier à vue : il doit lire chaque étiquette rang par rang.
Ce jeu appartient à une série qui suit le chapitre de la numération : Grouper par paquets de 10 fabrique la dizaine puis l’échange contre un coffre de cent, Compte le trésor l’écrit en chiffres, Décomposer un nombre fait produire la décomposition, et celui-ci fait reconnaître toutes les écritures possibles.
Le signe que c’est acquis : votre enfant ne calcule plus, il lit. Devant « 4 c 3 d 9 u », il dit « 439 » du tac au tac, comme il lirait un mot.
Les programmes du cycle 2 demandent de « connaître différentes écritures et représentations d’un même nombre ». C’est une compétence distincte de « décomposer », et elle passe souvent à la trappe : on fait décomposer des nombres pendant des semaines sans jamais demander à l’enfant de reconnaître une décomposition écrite par quelqu’un d’autre. Or c’est ce qu’il rencontrera dans tous ses exercices.
Le second geste est plus exigeant, et c’est celui que travaille ce jeu. Le premier est traité dans Décomposer un nombre.
Deux choix méritent d’être dits. Les étiquettes fausses sont toujours les écritures d’un nombre voisin de la cible - un rang inversé, un rang décalé d’une unité - jamais une expression absurde qu’on éliminerait à vue. Et aucune étiquette n’est une simple addition libre du type 35 + 51 : elle ferait faire une addition à retenue sur chaque proposition, donc du calcul mental, alors que l’exercice porte sur la lecture des rangs.
Les questions ne sont pas tirées d’une liste écrite à l’avance : chaque grille est fabriquée à la volée, cible et étiquettes comprises. Un enfant qui revient ne retombe pas sur les mêmes.
Le nombre à retrouver s’affiche en grand, encadré, au-dessus de la grille. L’enfant clique toutes les étiquettes qui lui semblent équivalentes, autant qu’il veut, puis valide d’un seul coup. Ce qu’il a bien repéré reste en vert ; une étiquette prise à tort passe en rouge et se décoche, pour qu’il reprenne son tri sans tout recommencer. Au troisième essai, les écritures oubliées apparaissent en couleur et le jeu explique, étiquette par étiquette, quelle valeur avait vraiment chacune de celles qu’il avait prises.
Deux nombres très proches y sont affichés côte à côte, mais un seul est encadré. La grille contient les écritures des deux. Reconnaître « 8 c 2 d 8 u » ne suffit donc plus : il faut savoir à quel nombre cette écriture appartient. C’est la transposition d’un exercice de fiche où l’on colorie deux familles d’écritures avec deux couleurs différentes.
Le jeu est gratuit, sans chronomètre en mode zen, et fonctionne sur téléphone, tablette et ordinateur.