Beaucoup de mots français contiennent une lettre qu'on n'entend pas. Le plus souvent elle est à la fin : le d de grand, le s de tapis, le t de chant, le b de plomb, le p de camp. Ces lettres ne s'inventent pas et ne se devinent pas à l'oreille : il existe deux façons de les retrouver, et une troisième catégorie de mots qu'il faut simplement mémoriser.
Pour un adjectif, il suffit de le dire au féminin : la lettre muette se met alors à s'entendre.
Pour un nom, le féminin ne marche pas. On cherche alors un mot construit sur le même radical, dans lequel la lettre se prononce.
Certains mots n'ont aucun dérivé qui fasse entendre leur lettre finale : tabac, nid, jus, temps, corps, velours, nez. Pour ceux-là, il n'y a pas de raisonnement possible : ils s'apprennent par cœur, et c'est normal de devoir les revoir plusieurs fois.
Elles ne sont pas là par caprice. Au Moyen Âge, on prononçait vraiment le p de camp et le d de grand. La prononciation a évolué au fil des siècles, l'orthographe est restée. Ces lettres muettes gardent aussi la trace de la famille du mot : c'est pour ça qu'elles réapparaissent dans les dérivés.
On croit souvent que la lettre muette se cache uniquement en fin de mot. C'est faux, et c'est ce qui piège le plus longtemps :
Et la vraie question n'est pas « y a-t-il un h ? » - tout le monde s'en doute - mais comment s'écrit ce début de mot : ho, o ou au ? Trois écritures qui sonnent exactement pareil.
Chaque question affiche un mot dans une courte expression, avec un trou. L'enfant choisit parmi les écritures proposées - toutes se prononcent exactement de la même façon, il faut donc connaître le mot. Chaque proposition est une orthographe qu'un enfant produit vraiment : « grant » pour grand, « taba » pour tabac, « astme » pour asthme. Jamais une graphie inventée qu'on écarterait d'un coup d'œil.
La difficulté monte en deux temps. Du niveau 1 au niveau 3, la lettre reste à la fin du mot, là où on la cherche, et le nombre d'écritures en concurrence grandit : deux (grand ou grant ?), puis trois (pot, pod ou pos ?), puis quatre (riz, ris, rix ou rit ?). Aux niveaux 4 et 5, la lettre change de place : elle passe au début du mot (hiver ou iver ?), puis se loge au milieu (asthme ou astme ?).
Ces deux derniers niveaux n'offrent que deux écritures, et c'est voulu : pour un h ou un th, il n'en existe pas d'autres. Leur difficulté vient d'ailleurs - aucune astuce n'y fonctionne. Ni le féminin ni un mot de la même famille ne font entendre le h de bonheur ou le p de sculpteur. Seule la mémoire du mot décide, et c'est précisément ce qu'il faut apprendre à repérer.
À l'erreur, le jeu ne donne pas seulement la bonne lettre : il donne le mot d'appui qui la fait entendre, parce que c'est lui la vraie compétence.
Ce n'est pas la même astuce. Un adjectif se met au féminin (grand, grande). Un nom demande un mot de la même famille (le plomb, un plombier). Se poser cette question en premier fait gagner du temps.
Les dérivés les plus utiles sont souvent un métier ou un verbe : dent donne dentiste, plomb donne plombier, chant donne chanter, saut donne sauter, bord donne border. Fais défiler les deux dans ta tête.
Pour certains noms, le dérivé est un mot plus long qu'on connaît déjà : tapis donne tapisserie, pied donne piéton, toit donne toiture, pot donne poterie. Ce sont des mots du quotidien, pas du vocabulaire savant.
Ne cherche pas indéfiniment. Une vingtaine de mots courants n'ont aucun appui : tabac, nid, jus, temps, corps, velours, souris, nez, assez. Mieux vaut les reconnaître comme tels et les apprendre.
Les autres pièges de l'écriture se travaillent avec Le son « é » et Les mots invariables. Et pour repérer les fautes dans une phrase entière, va voir La chasse aux fautes.
Les lettres finales muettes sont abordées dès le CE2 et reprises tout au long du CM1 et du CM2. Les deux procédés enseignés sont toujours présentés dans cet ordre : d'abord le passage au féminin pour les adjectifs, puis la recherche d'un mot de la même famille pour les noms.
L'enfant écrit ce qu'il entend, et là il n'y a rien à entendre. La lettre muette est donc l'un des rares points d'orthographe où l'oreille ne sert à rien : il faut passer par un raisonnement, ou par la mémoire. C'est aussi pour cela que la faute persiste longtemps, même chez de bons lecteurs.
À chaque erreur, le jeu affiche le mot d'appui, pas seulement la bonne lettre : « grand : au féminin on dit grande, et le d s'entend ». L'enfant reçoit donc le raisonnement, pas la réponse seule. Et les mots sans appui sont regroupés dans un niveau à part, annoncé comme tel.